Kyudo séminaire B, Tokyo, du 20, 21 et 23 Avril 2018

Extrait d’un récit de Pierre Javelle.

Photo Pierre Javelle.

Je désirais faire un retour sur ce séminaire pour deux raisons. La première, ce fut une expérience qui m’a bien évidemment marqué et qui, dans le futur, va influencer ma pratique. La seconde, il est important d’écrire « un retour » pour les personnes qui n’ont pas pu effectuer ce long voyage au pays du kyûdô. Pour aussi pour les motiver à le réaliser dans l’avenir, car bien que dispendieuses, certaines choses n’ont pas de prix.

D’abord, le kyûdôjô du Meiji Jingu est particulièrement impressionnant par sa taille. Composé de deux dôjô le Shiseikan et le Chuôdôjô, il permet d’accueillir un grand nombre d’archers. Avec ses coursives, leurs boiseries, leurs vieux makiwara, leurs azuchi en terre et l’odeur du parc qui les entoure, les deux dôjô offrent un espace idéal de pratique.

Les deux premiers jours de mon séminaire se sont déroulés dans le Shinseikan, plus petit que le Chuo, et on a tout de suite été confronté à ce qui en Europe est assez rare en Kyudo : une forte promiscuité !
Imaginez le métro parisien aux heures de pointes, et remplacez les attachés-cases et les cabas par des arcs, et vous aurez une idée de l’ambiance.
Un monde dingue !!! Épaules contre épaules, arcs s’entrechoquant qui cherchaient une petite place pour se poser, jusque devant les portes des toilettes qui étaient évidemment un lieu de passage.
Une gentille Japonaise de l’encadrement nous a demandé si l’on ne pouvait pas déplacer nos arcs (ceux se trouvant dans un couloir), car ceux-ci risquaient d’abîmer les murs (pas faux). Nous lui avons demandé : « Où ? » Elle a regardé les nombreux arcs entassés là… et fait demi-tour sans nous répondre.

Et qui dit monde, dit attente.
Le premier passage pour l’évaluation a juste été une attente longue, ennuyeuse, et parfois bruyante car il n’y a qu’une chose à faire : discuter avec son voisin. Donc ambiance de jour de marché –« il est frais mon arc, il est frais !! ».
Pourtant dans cette cohue seul un archer a égaré son arc, et uniquement la matinée (il le retrouvera rapidement dans les mains d’un autre bouleversé par sa méprise).
Donc paradoxalement dans le chaos, l’ordre régnait : nous n’étions pas au Japon pour rien !
Et après le temps d’attente de plusieurs heures debout, enfin c’était parti : deux flèches, et retour sur le champ de foire.

Photo Pierre Javelle.

Heureusement, les organisateurs avaient annexé le dôjô de kendô situé juste à côté afin de constituer des ateliers de shitsu (cela m’a bien aidé par la suite) et de répétitions en tatchi. Les shitsu, du moins leur enseignement, posent aussi quelques problèmes pour nos amis japonais.

Les questions multiples des stagiaires finissaient par embrouiller les sensei… qui achevèrent de s’emmêler les flèches avec humour. En kyûdô, comme me le faisait remarquer mon camarade Jean-Pierre, on ne pinaille pas, sauf sur les shitsu : là, les avis même éclairés peuvent diverger et c’est un peu comme ouvrir une boîte de pandore, on ne sait jamais sur quoi on va tomber.

Malheureusement les temps de passages ne nous permettaient pas de mettre en pratique les précieuses recommandations des enseignants.
Par exemple, en une journée, la majorité des tireurs avaient tiré deux flèches et une sur la Makiwara. Ah, enfin de la place pour la méditation et pour lire le manuel !

L’organisation a été l’aspect le moins positif de ce séminaire et l’engouement pour un stage au cœur du pays du Kyudo a failli prendre l’aspect d’un tsunami sur une côte japonaise.
Beaucoup de participants ont pensé, à juste titre, que les informations étaient peu claires, changeantes et hésitantes. En effet, le staff a du répondre aux impératifs de temps et avait peut-être sous-estimé les difficultés de communication et d’espace.
Le rythme aussi avait été sous-estimé : beaucoup plus lent que prévu et même durant les examens, ce qui a « pulvérisé » l’emploi du temps.

Pourtant dans les séminaires internationaux, il y a le mot : international ! Avec notre forte délégation française (120 tireurs) il était aisé d’échanger dans la langue de Molière mais, ce qui m’a énormément plu, c’est d’échanger avec le reste du monde !

Photo Pierre Javelle.

Grégory, l’ami Russe qui, lors d’une répétition Shitsu avec ses camarades, récupère la flèche par les plumes. Nous échangeons donc sur ce sujet et il me remercie pour l’astuce qui consiste à poser le fût sur l’hakama.
« BB », la sud-africaine qui déplore le peu d’enthousiasme de ses concitoyens pour la pratique du Kyudo. Elle me parle de ses débuts à Johannesburg, dans un dojo de fortune où les déplacements se faisaient sur terre battue !!!
Chiba-san, un joli brin de fille issue de la diaspora japonaise australienne (venue en nombre d’ailleurs) qui distribue autour d’elle un joli sourire enthousiaste.
Claro, australienne également qui me parle du faible décalage horaire entre le Japon et Sydney ainsi que les temps de trajet particulièrement long entre les villes de son pays.
Martins, le grand uruguayen à la tête d’enfant qui s’est tapé 23 heures d’avion et qui est arrivé complètement décalqué le premier jour, et avec en plus un stress qui ne l’a pas quitté. Comme il était devant moi, je l’ai rassuré durant trois jours et j’ai fini par lui faire un massage avant l’examen.

Photo Pierre Javelle.

Yohann, le viking suédois aux cheveux blond évidemment, impressionné par le nombre de pratiquants français alors qu’ils sont moins d’une centaine au pays d’Ikéa.
Edward de Manchester, seul Kyudoka qui parle facilement de… foot (allez savoir pourquoi ?)
Martial, représentant Philippin qui peste contre le manque de soutien de la fédération question matériel, très rare dans l’archipel. Expatrié français, avec lui c’était plus simple d’échanger !
Grace à eux et bien d’autre, j’ai pu me faire une idée de l’aspect multiforme du Kyudo à travers le Monde et ce fut d’une certaine manière, la partie la plus enrichissante de ce séminaire.

Il est important de noter que les différences de moyen employé dans la pratique de l’archerie Japonaise, les carences d’enseignants dans certains pays sont gommées par la structure extrêmement codifiée de la discipline et permet sur la ligne de Chaï, de la rendre homogène et harmonieuse… bien que les flèches aient fait un bien long chemin pour en arriver là.

En conclusion, je dirai que le Kyudo est une langue à part entière qui nous permet d’échanger de manière claire et sereine avec d’autres pratiquants, quelque soit leurs cultures et leurs grades.

Ce séminaire fut pour beaucoup une expérience qui nous marquera durablement.

Ah oui, et pour mon passage de grade et celui de Jean Pierre ? Et bien celui de Jean Pierre c’est très bien passé !

Photo Pierre Javelle.

Epilogue.

Après l’examen, je suis retourné pendant une matinée pratiquer dans mon dôjô d’origine, du côté de Takasaki à Kanra (Gunma-ken, centre de Honshu).
J’ai été reçu chaleureusement et mon passage à Tokyo pour ma première présentation de grade a beaucoup enthousiasmé les pratiquants qui étaient présents.
Comme ils ne m’avaient pas vu tirer depuis plusieurs années, j’étais très curieux de savoir comment ils allaient mesurer mes progrès.

Un renshi présent m’indiqua de nombreuses corrections à apporter ; mon ancien sensei (qui est sandan) et une petite dame sèche qui parle un japonais de Gunma (godan) m’ont fait passer un shinsa, pour voir. J’avoue, j’ai éprouvé plus de stress que durant mon passage au Chuôdôjô (où j’étais presque trop détendu). Leurs évaluations furent à peu près les mêmes que celle de notre sensei Yumi Minaminaka à mon égard. Et, fait intéressant, le renshi confiera en aparté à ma femme : «  Il a bien progressé, ses gestes sont moins mécaniques, il fait cela maintenant avec le cœur. »
Donc c’est noté, je pratiquerai avec mon cœur et remercie l’AKE et ses enseignants, ce compliment leur revient de droit. Merci.

Pierre Javelle

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