Kato Sensei nous raconte…

Voici le compte-rendu du séminaire international de Paris 2012 écrit par Kato Sensei dans le magazine “Kyudo” de l’ANKF paru en novembre 2012. Kato Sensei est l’un des 3 Hanshi venus nous enseigner au séminaire international de juillet dernier. Merci à Takeji Naigeon qui a réalisé cette traduction avec l’aide de Kayoko Takahashi et Florence Bachevalier.”

Chapeau bas aux participants qui se sont investis corps et âme

15 juillet, arrivée au petit matin à l’aéroport Charles De Gaulle. Après le petit déjeuner à l’hôtel, nous sortons pour la visite préliminaire des lieux où le séminaire va se dérouler à partir du lendemain, et y déposer une montagne de colis. A ce gymnase situé dans Paris, des shajô pour 10 personnes ont été préparés sur 2 étages, un kaijô au niveau –1 qui a des tribunes et un kaijô au niveau –3.

Ce gymnase sans ascenseur étant haut de plafond, ça équivaut en fait à 5 étages, que les participants et instructeurs du séminaire descendent et montent plusieurs fois par jour. De plus, comme c’est un gymnase, le sol est dur et rester debout en tabi est usant pour les pieds et les genoux. Une bonne condition physique est nécessaire.

Pour les kaijô, des paravents ont été installés pour cloisonner les azuchi et shajô temporaires. Pour l’azuchi, un superposition de 3 plaques en mousse d’éthylène utilisée pour l’isolation thermique des bâtiments, chacune de 8cm environ d’épaisseur et 180cm de longueur, est utilisée. En inter changeant l’avant et l’arrière, le haut et le bas, on peut s’en servir durant assez longtemps, et on y accroche même les mato, donc c’est très pratique.

Les paravents qui cloisonnent les shajô étaient eux aussi très pratiques : ils peuvent facilement être déplacés pour immédiatement modifier le shajô lors de mitorigeiko. Tout cet équipement étant fabriqué par le staff, j’étais très impressionné.

A partir du lendemain, le séminaire C (mudan et shodan) avait lieu sur 2 jours, avec 265 participants. Un tel nombre de personnes est inimaginable pour les stages qui ont lieu au Japon, et le séminaire commençait en ayant à l’esprit de traiter tous les participants de manière équitable. J’étais un peu inquiet : pourrait-on avoir de bons résultats avec autant de monde ? Mais une fois le séminaire commencé cette inquiétude s’est rapidement dissipée. Quoi qu’il en soit c’était très enthousiasmant.

Tous les participants prenaient des notes, et même lorsque d’autres participants recevaient des corrections, ils essayaient de ne pas en perdre une miette : cela forçait l’admiration. Ils s’écriaient à l’unisson « Mitorigeiko ». C’est certainement ce que l’on entend par partager un enseignement.

Un examen eu lieu après les 2 jours de séminaire. Ce qui fût particulièrement impressionnant durant cet examen est le sumashi [NdT : grosso modo absence de perturbation, concentration, calme, sérénité] dans le hikae. Cette présence de sumashi était telle que l’on pouvait avoir des scrupules à passer près du hikae lors des pauses. C’était très beau. J’en pensais que ces personnes avaient commencé le kyûdô peut être parce qu’elles aspiraient à sumashi.

Kato 1

Suivi le séminaire B (nidan et sandan) durant 3 jours pour 224 participants, puis un jour d’examen.

Comme ce dernier jour servait aussi à l’entraînement des participants au koryû enbukai qui allait avoir lieu le lendemain au niveau –1, les examens eurent lieu au niveau –3.
Dans le cadre de la préparation à Dai Nikai Sekai Kyûdô Taikai « Paris » [NdT : 2ème Coupe du Monde de Kyûdô : Paris], Dai Ikkai Sekai Kyûdô Kôryû Enbukai « Paris » [NdT : 1ères Rencontres Mondiales de Kyûdô : Paris] eu lieu le lendemain, co-organisé par l’International Kyûdô Federation (IKYF) et la All Nippon Kyûdô Federation (ANKF), et supervisé par la Federation de Kyûdô Traditionnel-France (FKT), avec la collaboration de l’European Kyûdô Federation (EKF). Le président [de l’ANKF et de l’IKYF, Ishikawa sensei] aussi déclarait dans le discours d’ouverture « C’est la première fois que se déroule une compétition de kyûdô hors du Japon, je souhaite que ce soit un bon enseignement pour la gestion d’une compétition et que cela contribue à la diffusion du kyûdô ». Grâce à la mise en place par la FKT d’un comité exécutif du taikai et à la cohésion de ce dernier, ce fût une réussite. Je me réjouis par avance du taikai de 2014.

A partir du lendemain, eurent lieu le séminaire A (yondan et plus, 125 personnes) de 3 jours et l’examen sur un jour. Kihontai et kihondôsa, points principaux du séminaire, furent exhaustivement pratiqués. De par la différence des modes de vie, certains participants eurent des difficultés, mais chacun, avec beaucoup d’ardeur, donna le meilleur de lui-même afin d’acquérir des kihontai et kihondôsa corrects.

Avec un tel enthousiasme, au vu de l’augmentation du nombre de pratiquants, s’il y avait un dôjô « central », il semble que la technique et la population se développeraient encore plus.
Dans ce que j’ai ressenti durant le séminaire, je noterais la puissance des hanare des participants d’un âge avancé. J’ai d’abord interprété ça comme étant du à la différence de constitution et de force physique, mais ça ne semble pas être ça.

La raison en est que, ayant un attachement et un idéal du kyûdô, ils ne désirent absolument pas la cible. C’est une attitude de détermination admirable. Le Japon aussi ne doit pas se laisser aller.
C’est ma première expérience de séminaire européen. Honnêtement, lorsque l’on m’en a parlé, j’ai pensé « Paris, la Ville Lumière ! ». Mais en fait, durant tous les 11 jours de séminaire et d’examen, l’emploi du temps fut complet du matin au soir, et ce fut très dur pour les jambes et les genoux. Nous ne fîmes rien d’autre que l’aller-retour entre l’hôtel et le lieu du séminaire. Lorsque le programme fut achevé, j’étais exténué.

Toutefois, si le corps était fatigué, de manière diamétralement opposée j’éprouvais un sentiment de satisfaction que je n’avais pas encore ressenti. Ceci étant dû à l’enthousiasme des participants, je les en remercie.

Nous avons été comblés quant à la météo : il n’a plu qu’un instant lorsque nous avons amené nos bagages au lieu du séminaire le jour de notre arrivé, et durant les 2 semaines de notre séjour nous n’eûmes pas à ouvrir le parapluie une seule fois. Il faisait aussi comparativement plus frais, un séminaire à cette époque fut à un grand soulagement [NdT : le temps au Japon à la même époque, plus chaud et surtout plus humide, est difficile à supporter].

Au sujet des séminaires européens, avoir beaucoup de participants dans un tel évènement sur un lieu unique créé des limites à un résultat pleinement satisfaisant. Il y aussi le fait que c’est couteux pour les participants. S’ils ont participé au stage avec grande ardeur, leur motivation profonde est probablement qu’ils ont soif d’enseignement et de connaissance justes.

L’IKYF, en se basant sur les avis de chaque pays européen et dans le but de rendre le contenu des stages satisfaisant, étudie le fait de faire des évènements à plusieurs endroits de référence, les instructeurs se déplaçant de l’un à l’autre.

En conclusion, un chose que l’on ne peut voir au Japon : je fus surpris qu’une personne replace la flèche après yakobore [NdT : dans ce contexte, ce n’est pas hazukobore, mais le fait que le fût de la flèche tombe de yamakura durant hikiwake ou kai] avec son nez ! Une telle scène fut une première pour nous « qui n’avons pas de nez » [NdT : les japonais considèrent en général qu’ils ont un petit nez et une figure plate par rapport aux occidentaux].

Katô Izuru

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