CR – Stage LIFKT

Les 13 et 14 avril derniers à Courcelles, nous avons eu le plaisir d’accueillir Jean Pierre Vlasselaer Sensei, qui de Bruxelles est venu avec le printemps, dispenser sans réserve sa précieuse expérience du Kyudo, dans le cadre d’un stage destiné aux pratiquants Sempai de la LIFKT (au nombre de 19 le samedi et de 24 le dimanche). A ses cotés, la présence de Claude Luzet Sensei, Kyoshi, a contribué à faire de ces deux journées, centrées sur l’étude approfondie du tir, un moment fort dans notre pratique.

Soucieux de nous apporter dans l’instant ce qui pouvait nous être le plus utile, Jean Pierre Sensei avait pris l’option de ne pas déterminer à l’avance un thème de travail. Il s’adaptera à nos tirs tout au long du stage, ajustant ses corrections au plus près de nos difficultés, tout en faisant émerger l’importance de YUGAMAE comme élément pivot du tir. Le TENOUCHI fera aussi l’objet d’une attention particulière et de façon plus globale, l’importance de se servir de tout le corps sera constamment rappelée : « c’est le mouvement de tout le corps qui est générateur de la justesse de l’ouverture » !

En ouverture précisément, les trois Renshi présents, Frédéric Demangeon Sensei, Yumi Minaminaka Sensei et Thierry Guillemain d’Echon Sensei sont invités à réaliser un tir de cérémonie à une cible (Hitotsu-Mato Za-Sharei). Puis 4 Za-Sharei de 4 archers se succèdent pour la réalisation de Itte Gyosha. Suite à Itte Gyosha, est constaté de façon générale un manque de fluidité dû à une faiblesse de la respiration consciente, IKIAI, laquelle permet tout autant de développer l’harmonie entre les archers au cours des déplacements, que la réalisation d’un tir vivant. Le travail sur le Kihontai doit être approfondi. Les Hassetsu doivent s’enchaîner comme un seul, avec précision et justesse d’exécution. YUGAMAE particulièrement doit être réalisé avec la plus grande application car tout le tir en dépend. La mise en tension à cette phase, Hari, se réalise à partir d’un point dans le dos situé entre les deux omoplates, pour permettre le travail correct avec les coudes et les triceps dans les phases ultérieures. La forme obtenue, déterminée par l’espace à maintenir entre le corps et l’arc (Yumifutokoro) doit être conservée à UCHIOKOSHI, au passage à DAISAN, à HIKIWAKE et en KAI, où se poursuit l’extension à partir des coudes. Dès YUGAMAE, la sensation des coudes ne doit plus nous quitter, « tout peut alors se mettre naturellement en place et travailler dans le respect naturel de l’ordre du corps ». Jean Pierre Sensei insiste sur la nécessité de vivre son tir en restant naturel.

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Chacun de nous va être littéralement « pris en main », de telle sorte que cette source de connaissance fondamentale qu’est la sensation puisse s’inscrire dans nos corps. Et pour permettre de « sentir » le maintien de l’extension des coudes en KAI, le Sensei ne ménage pas ses efforts en accompagnant le tir de l’élève.

Corrélativement à la mise en place de YUGAMAE, la prise d’arc TENOUCHI fait également l’objet de rappels essentiels. Le Tenouchi correct doit ménager un espace entre l’ongle du majeur et la racine du pouce. Il ne faut donc pas serrer les doigts mais exercer un mouvement de « pince » en rapprochant les racines du pouce et du petit doigt, et bien allonger le pouce pour libérer l’énergie vers la cible au lâcher.
Mais le Sensei constate qu’au moment du lâcher, beaucoup d’entre nous ouvre la main (fuite de l’énergie) ou la resserre sur la poignée (énergie contenue) empêchant le YUGAERI, ou bien encore donne un coup avec le de poignet (rupture de l’énergie) pour provoquer artificiellement le Yugaeri. Dans tous les cas c’est incorrect. Il précise que s’il y a trop de tension dans Mete, cela contrariera le Tenouchi ; ainsi, via une logique de correspondance, pourra-t-on souvent corriger le Tenouchi en corrigeant la main droite.
Après les remarques, l’expérimentation : s’ensuivent des tirs corrigés où chacun se prête bien volontiers à la manipulation experte du Sensei. L’attention est portée dès Yugamae, à la pulpe des doigts reposant sur la poignée, à l’arc venant se loger simplement dans la main au passage en Daisan, au maintien du contact de la base de la paume Shôkun avec la poignée ; et à droite, à un Hineri naturel et à un poignet relâché qui facilitent la décoche, d’un seul trait ! Le travail se poursuit en Tachi-Sharei corrigés toute la matinée, puis de même l’après midi jusqu’à la fin de la journée.

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Le lendemain la température extérieure flirte subitement avec les 26° (à midi) et c’est un YAWATASHI qui ouvre ce dimanche précocement estival, exécuté par J.P Vlasselaer Sensei (Itte), Jean François Decatra (Daiichi Kaisoe) et Bruno Lenrouilly (Daini Kaizoe). Puis les 6 Kyudojin absents la veille réalisent Itte Gyosha. A l’issue des tirs d’ouverture, Claude Luzet Sensei reprendra quelques points importants à propos du travail des Kaizoe : placement des mains, salut sur Sadamenoza (Sôshu-rei), position en Sonkyo.
Jean Pierre Vlasselaer Sensei commentera Itte Gyosha en mettant l’accent sur le travail du Kihontaï à parfaire. Il nous conseille de bien relire les 8 points du Kyudo manuel qui soutiennent les mouvements de base. Il est important de s’interroger sur ce que l’on fait pour éviter les mouvements machinaux ou « innocents » car  rien n’est innocent en Kyudo … Par exemple, établir un lien avec le Koshi et la pointe de l’arc lorsque l’on fait Hirakiashi permet de rendre l’arc vivant : « Ikiai sort par la pointe de l’arc ! Mais tant que celui est considéré comme un objet il ne peut rien vous enseigner ».

IMG_5767Comme hier, les tirs corrigés vont ponctuer cette deuxième journée, enrichie par les paroles du Sensei sur ce qu’il nomme la « philosophie du geste ».Au cours de l’après midi, une parenthèse sur l’état des Tsurumakura et des Nigiri viendra démontrer de façon édifiante combien la lecture d’un tir peut se faire à partir de la trajectoire laissée dans l’encoche du gant.

Il n’est pas aisé de rendre compte, par écrit, de l’expérience vécue. Puissent ces quelques traces susciter néanmoins le désir de participer, toujours plus nombreux à cette initiation du lâcher prise et de la prise directe avec l’existence, que nous propose de façon tout à fait paradoxale la Voie de l’Arc.
Merci à Patrick Philippe pour l’organisation de ce stage et Merci de tout cœur à Jean Pierre Vlasselaer Sensei et Claude Luzet Sensei pour leur accompagnement patient sur le chemin de nos efforts.
En corps … ces quelques mots de Jean Pierre Vlasselaer à méditer :
« Dans le KAI, on trouve la raison d’être du Kyudo, et l’on peut trouver sa propre raison d’être ».

Carole Dubus.

Merci à Carole pour ce compte rendu qui illustre bien l’intensité et la richesse de ce stage et Merci également au dojo AKE pour leur accueil de qualité. Je m’associe aux remerciements “de tout cœur” de Carole à Jean Pierre Vlasselaer Sensei et Claude Luzet Sensei et je pense sans me tromper pouvoir y associer tous les participants à ces deux belles journées d’enseignement du kyudo.

Patrick PHILIPPE
Président de la LIFKT

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