CR- stage AKBG_SDK – Septembre 2014

 

dirigé par Erick Moisy Sensei, Renshi.
• Réflexion autour de la métaphore Issha Setsume : « une Flèche, une Vie »

 

Nous nous sommes réunis en cette fin d’été autour d’un thème cher à Erick Moisy Sensei : Issha Setsume, communément traduit par « une flèche, une vie » ou « un tir, une vie » ; thème dont il souhaite s’inspirer tout au long de l’année scolaire 2014-2015 avec ses élèves du Dojo Le Corbusier. Ponctué par de précieux témoignages transmis par les grands Sensei Japonais (Okasaki Sensei, Yoshimoto Sensei) à travers les interviews qu’il a réalisé, le stage a laissé une belle place à la pratique, notamment sur la question des sensations et leur mise en application par le biais de Mochimato Sharei.

La première journée de ce stage a débuté par un travail sur le ressenti des mouvements-clés comme Daisan et Hikiwake. Si ceux-ci sont réalisés avec trop de précipitation, il est probable que l’on essaye de passer en force un mouvement que l’on sait (consciemment ou inconsciemment) difficile à réaliser. Selon Okasaki Sensei, le fait d’avoir recours à la force, risque même de provoquer la « vengeance de l’arc » (claquage ou perte d’arc au Hanare …) et on pourrait même ajouter « la vengeance de la cible » puisque le résultat de notre tir nous renvoie à nous-même, jusqu’à nos faiblesses. « Par rapport à la Mato, il faut un esprit combatif, aller au-delà de ses faiblesses, au-delà des influences psychologiques que la Mato peut susciter, notamment pendant Kai : le Budo n’est pas une dispute, c’est un combat » ajouterait Okasaki Sensei. En effet, durant Kai, l’énergie mentale prend le relais d’une énergie/résistance physique qui arrive à son point culminant. Éviter de ressentir correctement les mouvements antérieurs à Kai, nous fragilise déjà psychologiquement et accentue l’inconfort physique que l’on subira par la suite. Ainsi, la difficulté peut nous mettre dans une situation inconfortable qui peut au final se traduire par des phénomènes comme le Yurumi, Hayake, ou Motare. Par ailleurs, le subterfuge, qui consiste à passer un mouvement en force, ne nous permet pas non plus de mettre en pratique les conseils d’un Sensei et nous rend quasi imperméable à son enseignement. A l’inverse, si le mouvement est accompli lentement, il est possible de mieux ressentir les muscles qui s’agit de solliciter, d’être à la fois à l’écoute de son corps et à l’écoute de l’arc et ainsi, d’ouvrir l’arc Grand avec un état d’esprit qui pourrait nous permettre de tirer « dans la joie » (Okasaki Sensei).

La deuxième journée de stage a concentré notre attention sur les aspects philosophiques que la métaphore Issha Setsume peut suggérer. Parole donnée aux stagiaires, cette image évoque tantôt la calligraphie (une imperfection n’est pas corrigée sur le moment, la calligraphie doit être recommencée depuis le début), la première et la dernière flèche tirée (accomplir toutes les étapes du tir avec conscience et application) ou encore la flèche qui sauverait notre vie sur un champ de bataille, faisant référence à l’origine Budo de notre art martial.

Issha Setsume, peut paraître au prime abord paradoxal : comment articuler « un tir, une vie », marqué par l’instantané, avec une perspective inscrite dans le long terme de notre pratique de cet art martial ? Notre but n’est-il pas de nous améliorer, d’élargir notre conscience ? Un Budo n’est-il pas toujours perfectible ? Caractérisé par un objectif qui ne peut pas être définitivement atteint ? La pratique d’un art martial n’est-il pas sensé nous ouvrir à un cheminement sans fin ?

Grâce aux interviews réalisés lors du tournage du documentaire Mato no Muko et fort de son expérience accumulée lors des nombreux contacts avec de grands Sensei au Japon, Erick Moisy Sensei a pu s’ouvrir à de nouvelles perspectives de réflexion autour du résultat du tir : l’évolution de notre conscience ne s’applique-t-elle pas également à ce que l’on fait dans nos gestes quotidiens ? Comme le souligne Yoshimoto Sensei : « Le chemin que l’on parcours est toujours nouveau et l’on ne revient pas en arrière ». L’écrivain Shunryu Suzuki titrait quant à lui l’ouvrage « Esprit zen, Esprit neuf » pour marquer la nécessité d’agir avec tout notre corps et tout notre esprit dans chacun de nos gestes, pour nous accompagner dans la Voie. Ainsi, chaque flèche que l’on tire va influencer toutes les suivantes. Dans la pratique, il faudrait éviter d’être dans l’avidité du résultat immédiat mais s’appliquer dans tous les mouvements et exacerber son attention sur l’accomplissement du mouvement et de sa respiration, en se détachant le plus possible du résultat. C’est le grand cheval de bataille de Yoshimoto Sensei, nous révèle Erick Moisy, un maître qui eut la chance de connaître la transmission de l’enseignement d’Awa Kenzo Sensei, soit celui qui prônait le style Daishadokyo : la Voie du Grand Tir. Quant Okasaki Sensei et sa conclusion dans le documentaire : « Tirer des flèches pour trouer une cible, n’apporte rien à la société… » est on ne peut plus explicite.

Pour mettre en pratique cette vision, les stagiaires ont été invités à faire les mouvements (de Uchiokoshi à Daisan) à vide (Subiki) en portant leur attention aux points mis en évidence par Yoshimoto Sensei (sensations des coudes en miroir, Enso, ressenti qui doit perdurer pendant toute l’élévation de l’arc et même au-delà) ainsi qu’une travail plus pointu sur Daisan, et les critères qui permettent aux Shidosha de contrôler une bonne ouverture/position chez leurs élèves.

Alliant harmonieusement le travail pratique (recherche de sensations) et les aspects philosophiques (détachement de la cible), ce stage nous a donné de très bons outils pour affronter des difficultés que tout un chacun, à son propre niveau, est susceptible de rencontrer. Le fait de marier ainsi les apports techniques avec une vision globale accorde à notre discipline tout son sens. A voir comment nous maintenions tous notre Kai avec détermination lors du dernier Mochimato Sharei du stage, a montré à quel point cette méthode pouvait porter ses fruits !

CJ – Septembre 2014

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