129e Taikai du MEIJI-JINGU

Nous étions plus de 400 participants dans la section Shogo. Au premier tour, je me dis : « Détends ta main droite, élimine toute dureté ou résistance, sois juste réceptif à la force, ne romps pas l’équilibre de cette harmonie. Fais grand, fais grand, fais grand ! Ne pas se poser de questions sur un devenir qui n’a aucune importance. Seul l’instant présent de vérité compte, reflet insensible de qui nous sommes. Tu dois faire émerger ta personnalité, ton caractère. Tu n’es pas ici pour faire de la figuration. Crois en toi… »

Le cœur léger, il n’y avait plus qu’à passer le témoin à destinée, dans mon Hanaré, pour que naisse le San Mi Tai.

Quelle joie de voir ma première flèche se figer au cœur de la Mato , mon Kokoro s’enflamme à son tour de joie. Transpercer le centre de la Mato, c’est comme une consécration. Me voilà donc en Kai pour ma deuxième flèche. J’adore cette sensation où le temps semble suspendu entre nos mains, j’aime ce sentiment puissant de vivre, d’exister, ou plus rien n’existe autour de moi, le son s’est fait silence dans cette tension très subtile et à peine perceptible du Nobiai,

Attendant cette rupture du Hanaré, qui déchire le silence comme un claquement de tonnerre, et la foudre qui transperce la Mato. Mon Zanshin beigne dans un silence, le son autour de moi émerge à nouveau. Ce tir m’a paru durer une éternité, comme quoi le temps est relatif. Après ce premier tour, à avoir mis nos deux flèches, nous n’étions déjà plus que 80.

Le second tour se jouera sur une seule flèche ; la tension est double.  Mais malgré cela mon geste reste délié, je reste naturel. Mon état d’esprit est le même. Tekichu. L’euphorie est au rendez-vous. Mon Kokoro vibre à l’unisson avec mon être .

Pour le troisième tour, ils réduisent la taille de la mato et la pression monte. Je reste néanmoins dans mon centre, avec le même état d’esprit : « Bien faire, c’est tout ce qui compte, ne pas se poser de questions inutiles, vivre pleinement son tir. » Juste une pensée qui m’accompagne bien souvent : chercher à unir l’enclume et la plume, être réceptif à ces deux opposés qui ne font qu’un ! Mon Nerai  se brouille  comme un voile de sylphide bienveillante, qui me dit : « Crois en toi ….. » Je n’aperçois pas ma flèche mais je perçois son rire sur fond d’écho de Tekichu. Mon Kokoro pleure de joie .

Nous ne sommes plus que 10 archers dans le couloir à attendre le 4e tour de la finale. Mais voilà qu’à cet instant, le désir de victoire s’insinue en moi, provoquant crispation et une perte de ma centralité, lors du Hanaré.

Mon Zanshin est semblable à la chute d’un aigle à l’aile droite brisée. Tout est dit. Je me suis égaré, je me maudis, j’ai perdu la relation avec moi-même. Adieu, le doux songe d’une hypothétique victoire que mon cœur a bercée. Seul l’instant présent a de l’importance… il définit le futur.  Je le sais et pourtant, je me suis échoué sur le récif de l’illusion. Seuls deux archers toucheront la cible. Je terminerai à la 7e place, à la fois triste et heureux, mais plus que tout  j’y ai gagné une merveilleuse leçon,

Que certains ne s’y trompent pas : il n’y a aucune leçon d’humilité  à voir dans cette réflexion, Juste un constat sur la maîtrise de ces émotions. Avec le recul, je m’aperçois qu’il n’y a qu’une personne à combattre dans un Taikai, c’est soi-même. Et plus le niveau des autres archers est élevé,  plus il nous permet de repousser nos propres limites et d’élever notre niveau d’exigence envers nous-même,  pour nous faire progresser avec rectitude dans cette brève action qu’est le tir. Un instant bref qui cache un véritable combat contre soi-même. Quand le Kokoro siège dans la cathédrale des Hasetsu du corps, et que l’esprit de l’archer est droit en lui, la gestuelle légère et l’esprit serein, il ne devrait pas y avoir de trouble en soi.

Vouloir à tout prix maîtriser que l’aspect et  la technique, c’est s’éloigner du naturel et de l’authenticité, or le Kyudo c’est la vie, il doit refléter qui vous êtes au plus profond de vous-même. Le Kyudo est un micro univers dans une mécanique céleste, dont l’homme fait partie intégrante. Le Kyudo est un art éphémère, que l’on ne peut emprisonner, car il recèle l’instant présent de vérité en soi-même. Le Hanaré reflète avec exactitude la sincérité et l’authenticité de l’archer. Ce dernier se doit d’être droit en son esprit.

Que d’émotion en mon cœur de voir tous ces grands Senseïs siéger dans ce haut lieu du Kyudo qu’est le Meigi Jingu. Si la cérémonie de clôture fut ponctuée par la remise d’une adorable petite tasse en laque noire, participer à une telle rencontre est déjà en soi un magnifique présent. Lors de la clôture de ce séminaire 2015, je me souviendrais d’une réflexion dont IJIMA sennes nous a fait part:

Si vous ne faites pas l’effort d’appliquer tout de suite les corrections que l’on vous donne pendant le séminaire, vous ne le ferez pas de retour chez vous.

MD 25 11 2015 prix

Je tiens à adresser un profond respect à ISHIKAWA sennes, IJIMA senseï, pour le temps qu’ils nous ont accordé pendant le séminaire. Un grand merci à Paul-Henri Bleu qui a fait un travail exceptionnel pour les traductions et une présence sur tous les fronts et de tous les instants.

Michel DUPONT

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